« Un dernier cri aux candidats de Gauche », les jeunes veulent être la clé de l’Union

Mathilde Nutarelli et Mathias Goldberg, signataires de l’Appel Jeunesse 2022 / ©Compte Twitter @mathilde_ntrl

Dans un sondage, publié fin décembre par l’institut ELABE, près de 57% des 18-24 ans se disent favorables à l’union de la gauche derrière un seul et unique candidat. A 90 jours du 1er tour de l’élection Présidentielle la Gauche n’a jamais été aussi divisée. Deux jeunes, Mathilde Nutarelli, 23 ans, chargée d’études en économie du travail et Mathias Goldberg, 23 ans, kinésithérapeute et étudiant en master de sciences du sport ont publié une tribune dans les colonnes du Monde début janvier, signée par plus de 500 jeunes engagés ou non en politique. Le collectif « Appel Jeunesse 2022 » lance un dernier message aux candidats avant « qu’il ne soit trop tard ». Entretien avec ses deux initiateurs qui se sont rencontrés il y a quelques mois chez Générations.  

En quoi consiste l’Appel que vous avez lancé le 8 janvier dans Le Monde ? 

Mathilde : Il s’agit d’un appel publié dans Le Monde, le 8 janvier, signé par plus de 500 jeunes dont la moitié ne sont pas engagés ni dans une association, ni dans un parti. L’autre moitié vient de l’ensemble des partis politiques de gauche : Générations, Parti Socialiste, Europe Écologie les Verts, Insoumis… Cet appel a été lancé en dehors de tous partis ou organisations politiques pour rassembler ces jeunes qui n’ont pas trouvé la voie de l’engagement.

Mathias : Nous sommes allés chercher, en grande partie, des personnes qui ne sont pas habitués à signer les tribunes, qui ne sont pas dans des réseaux militants.

Dans la tribune, les moyens pour parvenir à cette union ne sont pas évoqués, c’était volontaire ? 

Mathias : C’est un choix que nous avons fait. Cette tribune est née de discussions que nous avions avec d’autres jeunes tout aussi désespérés que nos idées ne s’imposent dans le débat. La montée en puissance de Zemmour nous a aussi inquiétés. Nous voulions apporter une réponse à ces événements, c’est comme un dernier cri aux candidats de gauche pour se rassembler. Notre idée, c’était de dire aux candidats : débrouillez-vous ! Qu’importe si vous voulez participer à la Primaire Populaire ou vous rassembler dans un café. Nous ne voyons pas pourquoi on ne pourrait pas faire ce rassemblement dès le 1er tour. 

« La question de l’union n’est pas morte tant que la Primaire Populaire n’est pas finie. Nous, on y croit encore ! »

Mathias Goldberg, signataire de l’Appel Jeunesse 2022

Aujourd’hui certains candidats, comme Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot, reprochent à ceux qui militent pour l’union de nuire à la Gauche en parlant de la forme plutôt que du fond c’est-à-dire leurs programmes. N’est-ce pas préjudiciable pour votre camp ? 

Mathilde : Les sondages il faut les prendre avec beaucoup de précautions mais aujourd’hui une large majorité de sympathisants de gauche est favorable à cette union (85% selon le sondage ELABE du 21 décembre 2021 ndlr.) On peut difficilement remettre en question cette nécessité d’union à gauche, les candidats sont tous à moins de 10%. 

Il est vrai qu’avec la question de l’union on ne parle pas de fond, ni de solutions, ni de projets d’espoirs alors que la droite est en rang organisé. C’est dommage. Mais il faut doser, on n’arrivera pas au pouvoir sans union, mais nous n’arriverons pas au pouvoir sans programme. Il faut trouver un juste équilibre entre savoir mettre la pression pour qu’une union se fasse et affirmer qu’avec cette union on peut porter un programme de changements sociaux importants.  

Où en sont vos démarches, dix jours après la publication de la tribune ? 

Mathias : On a fait une grande campagne sur les réseaux sociaux. On a tout de suite après l’appel, rencontré les différents responsables nationaux des partis, avec une dizaine d’organisations représentées. Une discussion franche mais nous n’avons pas avancé sur la question de l’union. Mais beaucoup de cadres des organisations jeunes sont signataires de l’appel. 

On ne s’inscrit pas dans l’initiative de grève des parrainages. Malgré de nombreuses tribunes ces dernières semaines, nous ce qu’on veut dire c’est que la Primaire Populaire est l’un des derniers moyens de l’union. Les quatre candidats voudront avoir le souffle de la Primaire Populaire dans leur dos, un scrutin qui réunit plus de 450.000 personnes, ils voudront tous gagner ce scrutin. La question de l’union n’est pas morte tant que la Primaire Populaire n’est pas finie. Nous, on y croit encore et on pousse à la mobilisation citoyenne. 

« Les décisions qui vont être prises dans les cinq années à venir vont avoir un impact très fort sur les jeunes, il est difficile de les ignorer. »

Mathilde Nutarelli, signataire de l’Appel Jeunesse 2022

Quel rôle et quel poids la jeunesse occupe-t-elle dans cette union de la Gauche ?    

Mathilde : C’est assez évident ! Quand on regarde les campagnes, les jeunes sont une grande force de mobilisation. Donc les candidats ont besoin de leurs jeunes militants pour avoir de la visibilité, être entendu et potentiellement gagner. La jeunesse qui n’est pas dans les partis politiques a aussi beaucoup à jouer. Car quand elle s’empare de sujet, elle peut les mettre au premier plan du débat public, on l’a vu en 2019 et 2020 avec la question climat et Greta Thunberg. On l’a encore vu dernièrement avec la question des Ouïghours, quand les jeunes s’engagent les choses bougent très vite ! Donc si les jeunes qui se reconnaissent de gauche et écologiste s’engagent et portent ce message d’union il sera difficile pour les candidats de dire « ça ne nous intéresse pas ». Les décisions qui vont être prises dans les cinq années à venir vont avoir un impact très fort sur les jeunes, il est difficile de les ignorer.

La plupart des candidats sont aujourd’hui sous la barre des 10% dans les sondages, la Présidentielle n’est-elle pas déjà perdue pour la gauche ?

Mathias : La question de la division tue la mobilisation. La question de se dire qu’aucun candidat n’est potentiellement le prochain président va poser une vraie question de l’abstention chez les jeunes. Mais on y croit parce qu’on n’a pas le temps d’attendre cinq ans d’Emmanuel Macron supplémentaires, de Valérie Pécresse qui nous explique qu’elle va « ramener le karcher dans les quartiers populaires » dont je suis élu. On n’a pas le temps d’attendre que Marine Le Pen ou Éric Zemmour soient au pouvoir quand on sait les catastrophes que ça peut produire dans d’autres pays d’Europe. Nous disons aux responsables de partis et aux candidats, à qui est adressée la tribune, que certains d’entre vous calculent déjà le coup d’après, mais nous on ne calcule pas 2027, on calcule maintenant. On n’a pas cinq ans pour le climat, pour les étudiants qui font la queue devant les banques alimentaires, on n’a pas le temps d’attendre de mettre en place des mesures contre les discriminations. 

Mathilde : Ce qui me donne de l’espoir aujourd’hui, c’est l’augmentation très forte d’inscrits à la Primaire Populaire ces derniers jours et de voir que ces initiatives citoyennes ont autant de résonance dans la société. Je me dis que c’est n’est pas encore perdu. On ne peut pas appréhender une élection en se disant que c’est perdu.

Quel message voulez-vous adresser aux jeunes aujourd’hui ?

Mathilde : On n’est jamais trop jeune pour s’engager, on n’est jamais trop jeunes pour avoir un impact sur son environnement. La politique n’est pas un gros mot ! L’engagement de la jeunesse peut lui permettre de retrouver son sens noble. Les jeunes ont le pouvoir de rendre la politique belle, agréable et utile et c’est dans l’engagement que l’on peut faire tout ça ! Et donc pour 2022 il faut s’engager !

Mathias : Les mobilisations que vous, que nous les jeunes, avons eu ont eu un réel impact, on a vu les avancées qu’on eut nos mobilisations sur l’antiracisme sur l’humanisme avec les Ouïghours. Oui, ce n’est pas facile car les organisations jeunesses sont moins structurés qu’avant, car les syndicats jeunes sont moins organisés mais justement prenons cette place qui nous est laissée. 

L’appel jeunesse 2022 c’est aussi un appel d’espoir. Tous les jours, on partage des solutions et des propositions de jeunes qui s’engagent. N’hésitez pas à signer cette tribune et à nous suivre sur les réseaux sociaux. Mobilisez-vous aussi autour de vous, sensibilisez votre famille, vos proches, vos amis, même si on n’a pas tous le même candidat, pour faire avancer nos valeurs et nos idées dans le débat public. 

Propos recueillis par Josselin HAZO

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