La Droite investit la question écologique pour 2022

A l’issue de la COP 26, qualifiée de “COP des petits pas” LR s’est montré très offensif sur le bilan de ce sommet international. Depuis les dernières vagues électorales, certains cadres souhaitent faire peser la question climatique sur le projet de la droite pour 2022. Mais avec quelles idées ?

Dimanche 14 novembre, les 5 candidats au Congrès des Républicains étaient réunis sur BFMTV pour leur deuxième confrontation. Pendant 2h et 53 minutes ils ont débattu successivement d’immigration, de sécurité et de pouvoir d’achat mais pas un instant du climat, alors que la COP 26 venait de se clôturer à Glasgow quelques heures plus tôt. Seule évocation de l’écologie, la lecture d’un tweet de Sandrine Rousseau, candidate malheureuse à la Primaire d’EELV : ”Écouter 5 min des débats de la #PrimaireLR dans un train et remercier le wifi de couper”

Le souvenir du Grenelle de l’Environnement

La Droite avait pourtant réussi à mettre ces questions au cœur de ses priorités, notamment sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy avec le Grenelle de l’Environnement en 2007. Depuis, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Environnement de 2007 à 2010, et Nathalie Kosciusko-Morizet jusqu’en 2012 ont quitté leur famille politique et les différentes défaites depuis 2012 ont poussé le parti à mettre de côté la question climatique au profit de régalien. Mais les différentes vagues vertes aux européennes puis aux municipales ont remis en cause la stratégie des Républicains. Dans son étude annuelle « Fractures Françaises », publiée en septembre 2021, l’institut de sondage Ipsos avec la Fondation Jean Jaurès indiquait que seul 29% des sympathisants LR voyaient la protection de l’environnement comme une priorité contre 41% pour l’ensemble des français. Les 5 prétendants à la Présidentielle avaient pour l’instant écarté cette question dans leurs discours. Un choix qui semblait dicté par la particularité d’un scrutin ne s’adressant qu’aux adhérents des Républicains. Pour autant depuis sa victoire et même si la candidate se définit comme « écologiste » Valérie Pécresse a peu évoqué cette problématique. Au sein du parti, plusieurs figures s’activent pour réinvestir la question climatique.

« Il y a une fracture générationnelle à droite et certains cadres LR sont pris de court »

Férreol Delmas – Fondateur du Think Tank « Ecologie Responsable »

Une nouvelle génération de cadres LR, comme Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, qui vient de présenter son nouveau livre « Aurons-nous encore de la lumière en hiver » où il propose de « faire de l’écologie la matrice du projet de société défendu par LR », ou encore l’influente Agnès Evren, présidente de la fédération LR de Paris et députée européenne, ont amenés cette problématique dans le débat au sein de leur parti. 

Une thématique qui reste peu abordée dans le programme des LR n’apparaissant qu’à la vingt-huitième place sur les trente propositions du parti. “Pour nous, l’écologie ne constitue pas un programme à elle seule, mais doit irriguer l’ensemble des politiques publiques.” se défend Agnès Evren, membre du groupe PPE (Parti populaire européen) à Bruxelles. “Nous avons fait du réchauffement climatique une priorité absolue et c’est pour cela que nous l’avons inscrit noir sur blanc dans notre programme. Mais le développement durable est présent en creux dans une grande majorité de nos propositions : il est au coeur des mesures de relance économique, au coeur de nos mesures de pouvoir d’achat, au coeur des politiques de recherche et d’innovation, au coeur de nos politiques industrielles.”

Certains sont partis… du parti !

D’autres ont fait le choix de quitter leur parti pour élaborer des solutions concrètes afin de répondre aux enjeux de demain. C’est le cas de Ferréol Delmas, 23 ans, étudiant en Affaires publiques à l’université Paris-Saclay et fondateur du think tank Écologie responsable. Après avoir dirigé le groupe « LR Sorbonne » il a créé ce laboratoire d’idées pour faire émerger de nouvelles propositions à droite.

Ferréol Delmas a préféré quitter son parti car « Il y a une fracture générationnelle à droite et certains cadres LR sont pris de court ».  L’urgence climatique pousserait certains jeunes à quitter la droite, rapporte l’étudiant:  « Je connais des militants de Sens commun (le mouvement issu de la Manif pour tous) qui ont voté EELV aux Européennes 2019 parce que c’étaient les seuls à parler d’écologie ».  A l’inverse, pour Agnès Evren, l’écologie n’est pas un sujet tabou à droite ni un faire valoir  : “la protection de notre environnement et la lutte contre le changement climatique sont des préoccupations majeures aujourd’hui chez nos élus, mais aussi chez nos militants, notamment les plus jeunes. Je n’ai aucun mal à convaincre sur ces questions.”

La question du nucléaire comme point d’attaque 

Mais comment définir une écologie « de droite ». Longtemps laissée aux Verts, les contours semblent plus clairs aujourd’hui. Ferréol Delmas a fondé  son think tank sur deux piliers : l’enracinement aux territoires et l’innovation, et il précise être « contre l’interdiction ». Il propose notamment un « Chèque circuit court » comme des tickets restos à destination des producteurs locaux. 

Agnès Evren définit la position de la droite comme “ambitieuse mais pragmatique.” et réaffirme la position des LR “Nous prônons une écologie réaliste et positive. Les politiques environnementales ne doivent pas être punitives, mais incitatives. Pour réellement fonctionner, elles doivent embarquer l’ensemble des acteurs économiques et sociaux, et non se faire contre eux.”. La députée a notamment proposé avec son groupe au Parlement Européen la mise en place d’une “barrière écologique aux frontières de l’Union européenne” afin que les producteurs européens ne soient plus soumis à une concurrence déloyale extra-européenne, car ils respectent déjà des normes environnementales contraignantes

Pour attaquer le bilan du Président sortant, les LR semblent avoir trouvé leur point d’attaque. Alors que Anne Hidalgo, candidate du PS, et Yannick Jadot, candidat d’EELV proposent une sortie progressive du nucléaire, les Républicains ont profité de la COP26 pour réaffirmer leur attachement à cette source d’énergie. Profitant du retour en grâce du nucléaire à la COP26, LR défend la construction de nouveaux réacteurs et dénonce la passivité du gouvernement durant le dernier quinquennat. 

“Nous refusons d’opposer compétitivité économique et défense de l’environnement.”

Agnès EVREN – Députée Européenne LR

“Voulons-nous engager notre nation sur le chemin d’une décroissance ? La décroissance, nous devons le dire, c’est l’appauvrissement collectif. Ceux qui défendent ce choix ont en réalité un agenda politique très éloigné de l’écologie : ils veulent en finir avec l’économie de marché et la libre entreprise. Nous refusons d’opposer compétitivité économique et défense de l’environnement. Au contraire : ce sont les deux piliers d’une même politique ambitieuse visant à restaurer notre prospérité et notre souveraineté industrielle.” ajoute  la députée européenne Agnès Evren.

Valérie Pécresse désignée le samedi 4 décembre par les militants des Républicains, devra proposer une vision à la “génération climat” après une COP26 décevante résumée comme un ensemble de vœux pieux pour donner une bonne image » conclut Ferréol Delmas. Une thématique de campagne sur laquelle plus aucun parti n’a aujourd’hui de monopole pour 2022.

Josselin HAZO

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