INFOX L’ACTU : Coronavirus et VIH, la preuve d’une manipulation ?

Aujourd’hui dans INFOX, retour sur les « révélations fracassantes » du Pr. Montagnier quant à l’origine du Coronavirus

Une annonce fracassante :

Tout commence il y a une dizaine de jours, quand le professeur Montagnier, scientifique controversé pour ses prises de positions sur la science, est invité sur les ondes de l’émission « Fréquence Médicale » et sur le plateau de CNEWS, et y fait une annonce époustouflante : Des parties du génome du virus à l’origine du SIDA, le VIH, auraient été retrouvées au sein de celui du coronavirus, permettant selon le prix Nobel de conclure à une origine artificielle du virus confinant une immense partie de la planète chez elle depuis plusieurs mois. Pour appuyer ses dires, il s’appuie notamment sur une étude indienne (Pradhan, Prashant & Pandey, Ashutosh & Mishra, Akhilesh & Gupta, Parul & Tripathi, Praveen & Menon, Manoj & Gomes, James & Perumal, Vivekanandan & Kundu, Bishwajit. (2020). Uncanny similarity of unique inserts in the 2019-nCoV spike protein to HIV-1 gp120 and Gag. 10.1101/2020.01.30.927871), publiée à la fin du mois de janvier, et mettant en évidence des séquences similaires entre les deux virus.

Capture d’écran de 2020-04-28 18-26-16
Les quatre séquences en commun

Des faits ne passant pas l’épreuve de la critique :

Cependant, bien des critiques sont à faire à ces affirmations. L’étude indienne à été publiée en « pré-print », c’est-à-dire sans passer par la revue par les pairs, étape primordiale en science, car permettant la critique de cette étude avant même sa publication. Deux jours après cette publication, l’étude est retirée par les auteurs eux-mêmes, et est très vivement critiquée par le consensus scientifique, notamment cet article (Xiao, C., Li, X., Liu, S., Sang, Y., Gao, S. J., & Gao, F. (2020). HIV-1 did not contribute to the 2019-nCoV genome. Emerging microbes & infections, 9(1), 378–381.), dont la conclusion est sans appel :

« Biased, partial and incorrect analysis can dangerously lead to conclusions that fuel conspiracies and harm the process of true scientific discoveries and the effort to control the damage to public health »

Les raisons de ces critiques

Mais alors, pourquoi cette étude est si fortement critiquée ? La raison la plus évidente part des bases mêmes de l’étude indienne : la découverte de quatre séquences communes entre le SARS-COV 2 et le VIH. Or, ces dernières sont extrêmement courtes (GTNGTKR / HKNNKS / GDSSSG / QTNSPRRA). Tout simplement, le hasard permet d’expliquer largement ces petites similitudes. Un exemple beaucoup utilisé pour expliquer cette faille est celui du livre : Trouver quatre mots en commun entre deux ouvrages différents prouve-t-il un plagiat ? Pour aller plus loin, nous nous sommes amusés à chercher si nous pouvions faire comme dans cette étude, et trouver des similarités entre les génomes du VIH et d’un autre élément. Notre choix s’est penché sur un exemple par l’absurde ; la pomme de terre, et voici nos résultats, avec une séquence de 8 caractères choisie au hasard : AGTTAGCC

Cette suite de 8 caractères se retrouve à trois reprises dans le génome du VIH. Doit-on cependant en conclure que la pomme de terre est contaminée par ce virus ?

Ulysse Meyer