FACTCHECK INFOX : Quid de la chloroquine ?

C’est prouvé, le coronavirus ramène les morts à la vie : ainsi le retour des limbes d’INFOX  en cette période exceptionnelle, pour une nouvelle rubrique, moins régulière, mais plus centrée sur un fait en particulier. Précisons surtout que, pour les prochaines semaines, le champ d’étude d’INFOX sera bien plus étendu que celui des anciennes éditions, car nous parlerons, en plus des fakes avérés, de simples rumeurs et au décryptage de vérités partielles. C’est le cas pour la rubrique d’aujourd’hui, consacrée à la chloroquine, car, si les faits sont avérés, leur interprétation peut nécessiter des éclaircissements.

Des résultats à première vue encourageants

Si vous suivez depuis chez vous l’actualité du coronavirus, vous êtes à coup sûr tombés sur des articles traitant d’une bonne nouvelle : le Pr Raoult, de la faculté de médecine d’Aix-Marseille, et son équipe, seraient sur la voie du remède pour le coronavirus. Dans Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-
label non-randomized clinical trial (17/03/2020), ils nous expliquent en effet que 70% des patients auxquels la chloroquine à été administrée ont guéri de leurs symptômes, contre les 12,5% de guérison au sein des autres groupes de malades

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Les résultats encourageants de la chloroquine

Un remède miracle ? A en croire le Pr Raoult, c’est la porte de sortie la plus rapide de l’épidémie de Coronavirus…

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Les résultats d’une recherche Google avec les mots-clés « Pr Raoult », le 21 mars

Un produit dont l’efficacité et l’innocuité restent à prouver

Cependant, si on laisse de côté les résultats formidables de l’étude, on se rend compte que ces derniers sont à prendre avec des gants. En effet, seuls 26 individus ont été testés avec ce produit, ce qui pose dès le départ une forte éventualité de biais statistiques. De plus, parmi ces 26 personnes, 6 ne seront au final pas pris en compte dans les résultats, pour des raisons variables, l’un souffrant de nausées, un autre se révélant au final négatif aux tests de dépistage, et, plus inquiétant, car trois d’entre eux ont été transférés en réanimation, et la dernière personne est malheureusement décédée. Si l’on fait le calcul, 11,5% des patients ont vu leur situation s’aggraver, et le taux de décès au sein de l’échantillon, de 3,84%, est supérieur à celui du coronavirus (entre 2 et 3%).

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Des détails moins attrayants…

Qu’est ce que ces chiffres nous prouvent ? ABSOLUMENT RIEN, et il est primordial d’insister sur les raisons de cette conclusion. Un échantillon si réduit ne peut en aucun cas être une preuve de l’efficacité OU de la dangerosité d’un produit, du fait même de sa taille. S’il est impossible de conclure, pour le moment, à sa toxicité, il en est de même pour son efficacité face au coronavirus.

Comme dans de nombreux cas comme celui-ci, des conclusions précipitées sur la base d’une étude ne mèneront qu’à la confusion, et il sera nécessaire d’attendre de nouvelles études et nouveaux tests de plus grande ampleur (dont les résultats devraient tomber dans cinq à six semaines) avant de pouvoir se faire une idée rationnelle sur la chloroquine

Ulysse Meyer

Crédits image d’illustration : Google Earth