Gabriel Zucman, l’économiste qui murmure à l’oreille de Sanders !

Gabriel Zucman est en pleine tournée médiatique et répond à Print ! Alors qu’il vient de publier son livre (co écrit par Emmanuel Saez) traduit de l’anglais : « The triumph of injustice » aux éditions du Seuil. Cet enseignant français de Berkeley en Californie et disciple de Thomas Piketty, prône une fiscalité plus juste. Sa voix et ses idées sont notamment écoutées par les candidats à l’investiture démocrate aux Etats Unis comme Bernie Sanders et Elizabeth Warren. Son idée forte ? Le principe du déficit fiscal : la somme que ne paye pas réellement les entreprises à cause des paradis fiscaux, elles seraient obligées de les payer malgré tout grâce à un savent calcul. Mais les américains sont-ils prêts à voir leurs milliardaires et entreprises payer plus d’impôts ?

  • Les Etats pourraient-ils vraiment appliquer votre idée de « Déficit Fiscal » notamment sur le plan économique et géopolitique ?

Oui : chaque pays peut unilatéralement choisir de collecter le déficit fiscal des multinationales qui ont de l’activité sur son territoire. Si quelques pays sautaient le pas, il y a fort à parier que cela enclencherait un mouvement global qui à terme déboucherait sur une harmonisation de la fiscalité à la hausse, en lieu et place de la course au moins disant fiscal que nous avons connu ces dernières décennies.

  • A vous écouter notre système fiscal semble dépasser en France, la surpression de l’ISF était à contre temps?

L’abolition de l’ISF est un contre-sens historique, à l’heure où les inégalités de fortune augmentent dans le monde comme en France. Et d’ailleurs plusieurs candidats américains aux élections de 2020 proposent exactement l’inverse, c’est-à-dire de créer des impôts sur la fortune très ambitieux.

  • Vous avez conseillé Bernie Sanders mais peut-il vraiment l’emporter dans une Amérique divisée, avec des idées qui sont présentées comme radicales ? 

La moitié des citoyens américains s’abstiennent aux élections présidentielles, car ils ne se sentent pas représentés par le parti républicain et les candidats démocrates centristes comme Clinton. Le pari de Bernie Sanders c’est qu’il peut démobiliser une partie de ces abstentionnistes, particulièrement nombreux chez les jeunes, les minorités et les classes populaires, et ainsi l’emporter contre Trump. L’histoire dira s’il a raison !

  • Et donc Les Etats Unis sont-ils prêts à une « révolution fiscale » ?

Une victoire de Bernie Sanders n’y suffirait pas : il faudrait aussi que le Sénat passe à majorité démocrate, et que la Cour suprême ne vienne pas entraver les projets les plus ambitieux. La route est longue.

  • Comment expliquer la puissance de Bloomberg (candidat à l’investiture démocrate) et Trump, tout deux milliardaires, face à un monde qui demande plus de justice fiscale ?

Trump comme Bloomberg sont 2 milliardaires qui utilisent leur fortune à des fins politiques. Ils illustrent la façon dont la richesse se transforme en pouvoir : en dépensant des centaines de millions en publicités et en donations à des hommes et femmes politiques qui deviennent leurs obligés, notamment. L’Amérique connaît une dérive ploutocratique ; mais la ploutocratie elle-même est instable et les forces de la démocratie peuvent l’emporter.

Propos recueillis par Josselin Hazo