L’ITW de Quartiers Libres : La vie à BFM, Caroline Mier nous raconte !

En quelques années BFM TV s’est imposée comme LA chaîne d’info en France, largement devant ses concurrentes (CNEWS, LCI…). Lundi dernier le groupe Altice (BFM, RMC, Libération…) a inauguré son « ALTICE CAMPUS » : des studios et des rédactions flambant neuves ! L’occasion pour Print de rencontrer Caroline MIER journaliste depuis plus de 10 ans sur BFM TV. 

• L’ALTICE CAMPUS donne t-il une autre dimension à BFM TV ?

Bfmtv s’est créée au moment du lancement de la TNT. Personne ne savait exactement à quoi s’attendre. Nous avons imprimé notre marque sous l’étiquette de télé « low cost ». Puis, quelques années plus tard, vu le succès de la chaîne, Alain Weill, le patron, a commencé à parler de chaîne « Just Cost »

Un décalage a commencé à se créer avec le temps, entre la « chaîne familiale » faite avec les moyens du bord, et la 1ère chaîne d’info où ont défilé les 3 derniers Présidents par exemple…

L’arrivée au Campus Altice permet de changer cette image. Les locaux sont bien plus grands. Le bocal (le dernier lien entre la rédaction et l’antenne) a été volontairement conçu très grand pour impressionner les visiteurs (et ça marche !) Nous continuons de partager ces locaux avec nos confrères du groupe Nextradiotv (Bfm Business, Rmc, etc.), mais nous avons également rejoint nos cousins du groupe comme Libération et l’Express… C’est une véritable ruche.

Mais l’élément le plus fort, c’est sûrement « la rue des studios » ; un axe immense où s’enchaînent les studios des différentes chaines du groupe, ultra modernes. C’est extrêmement impressionnant pour nous… Donc tout autant pour les invités. Désormais;, BFMTV n’est plus une petite chaîne d’info, mais elle rivalise avec les grands plateaux des JT de TF1 et France 2.

• Avec le rythme d’une chaîne info, peut-on prendre des pauses ?

Lorsque j’occupe un poste de Desk par exemple, je travaille sur un shift 9h-16h, 11h-18h, 18h/1h… C’est-à-dire sur une journée de 7 heures. Le temps de déjeuner n’est pas compris dedans car nous savons pertinemment que nous ne pouvons pas prendre de pause pour déjeuner. Il faut monter des sujets, les mettre à jour, en permanence et le plus vite possible. Mais il y a un très bon esprit dans cette rédaction, depuis le début. Nous sommes collègues et amis. Donc il y a toujours un copain avec qui aller boire un café quand le rythme ralentit un peu.

• Après plus de 10 ans sur la même chaîne, n’y a-t-il pas de lassitude ?

Je pense qu’on ne peut pas parler de lassitude en ce qui concerne l’information. Par essence, c’est une matière en mouvement permanent. En revanche, il y a une usure personnelle car cela demande énormément d’investissement. Ancienne Grand Reporter, j’ai énormément voyagé. Mais au bout de 10 ans, après avoir vécu des guerres, des catastrophes naturelles et j’en passe, j’ai commencé à ressentir une très forte fatigue mentale et physique. Le cerveau réagit alors toujours de la même façon : il passe en mode automatique. De cette façon il consomme 3 fois moins d’énergie, mais ça signifie qu’on fonctionne plus facilement sur des préjugés ! Il faut donc être vigilant avec soi-même et savoir s’arrêter avant, effectivement, d’éprouver une lassitude préjudiciable. Aujourd’hui, je continue à me régaler à suivre l’information, d’une manière différente. Je n’éprouve aucune lassitude !

• Côté coulisses, avez vous une anecdote sur BFM à nous raconter ?

C’était en Janvier 2010. Je reçois au milieu de la nuit un appel de la rédaction qui me demande si je suis d’accord pour partir en Haïti, couvrir un séisme. Je suis encore endormie et je dis oui, simplement excitée à l’idée de partir à l’étranger. Je fais mon sac au radar.

Nous sommes une équipe de 4 sur le départ. Tous jeunes journalistes – Bfmtv est une toute jeune chaîne, pas de reporter Senior dans les effectifs. Nous n’avions jamais dû affronter une telle situation.

On arrive donc 24H après le tremblement de terre à Port au Prince et on réalise qu’il n’y a plus rien debout. Pas d’hôtel, pas d’électricité pour recharger le matériel, pas de nourriture. Avec l’humidité très forte dans l’air, il fait froid la nuit là-bas ; j’ai dû dormir dans la house du pied de caméra pour m’isoler un peu…

Heureusement, nous avions pensé à prendre des téléphones satellite… Nous avons donc échangé des minutes de communication avec des membres de la sécurité civile qui souhaitaient appeler leur famille, en échange de denrées et de quoi se créer un campement. Et on finit par trouver un générateur à acheter.

Ce triste séisme est finalement entré dans l’histoire comme l’un des plus meurtriers. Plus de 200 000 morts. On ne parle que de ça en France à l’époque. BFMTV, encore petite chaîne anecdotique, envoie sur place une « Fly »… C’est l’équivalent d’un car satellite, mais sans le véhicule… Plusieurs caisses de matériel qui permettent de faire du direct depuis n’importe où. Nous réalisons une émission spéciale de plusieurs heures depuis Port-au-Prince. Du jamais vu à la télévision Française dans de telles conditions ! Au final, France télévision, M6 et TF1 nous louent des faisceaux satellite pour pouvoir faire du direct sur leurs propres antennes. Je pense qu’à partir de là, on a commencé à entrer dans la cour des grands.

• Pour vous, « Le Reflex BFM » se transmet-il aux jeunes ?

Je pense que la « marque » BFMTV s’est transmise chez les jeunes. Comme une sorte de CNN à la française. Un gage de sérieux, de professionnalisme (un média très décrié par d’autres, car c’est tout le système informatif qui est mis à mal en ce moment… Un tout autre débat)

En revanche, les habitudes de communication des jeunes sont très différentes de celles de nos parents. Ou même des miennes ! J’ai grandi avec le concept de la grand-messe du journal à 13h et 20h. Désormais l’information est accessible à tout moment. Et pas seulement à la télé… Sur les téléphones portables via les réseaux sociaux par exemple. La télévision se consomme « à la demande » chez les jeunes. BFMTV s’adapte. On ne fonctionne pas de la même façon qu’au début. On fait plus de direct, mais on traite moins de sujets à l’antenne, pour que chacun puisse obtenir rapidement des infos sur le gros fait d’actu du jour… C’est sur internet que l’information se fait plus riche. C’est là qu’elle se diffuse, se partage…  Je ne sais pas si la recette est la bonne. Mais ce qui est sûr c’est que BFMTV garde dans son ADN une capacité à se renouveler régulièrement… J’ai hâte de savoir comment nous ferons de l’info dans 10 ans !

• Pour terminer, un petit mot sur Print ? 🙂

Il est vraiment super votre site. Bravo !!!

Propos recueillis par Josselin HAZO

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